Agri79 Informations 27 août 2015 à 08h00 | Par Actuagri

« Nous attendons des annonces du gouvernement le 3 septembre »

Xavier Beulin, président de la Fnsea, revient sur les demandes qu’il a adressées au Président de la République et au Premier ministre lors d’un rendez-vous à l’Elysée, le 24 août.

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Thomas Diemer, Xavier Beulin et Dominique Barrau à la sortie de leur rendez-vous avec le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de l'Agriculture à l'Elysée le 24 août 2015.
Thomas Diemer, Xavier Beulin et Dominique Barrau à la sortie de leur rendez-vous avec le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de l'Agriculture à l'Elysée le 24 août 2015. - © Actuagri

Lors de votre rencontre avec le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture, sur quels sujets avez-vous insisté ?
Nous avons tout d’abord voulu exprimer la situation de nos collègues paysans sur le terrain, et la grande souffrance vécue par les producteurs. Cette crise qui pouvait être apparentée à une crise conjoncturelle au début de l’été, avec les problèmes sur les prix, se révèle en réalité une crise beaucoup plus profonde, structurelle et morale, avec une Europe qui s’occupe de moins en moins des problèmes agricoles, notamment en ce qui concerne l’embargo russe, et une situation en France où les réponses de court terme ne sont plus adaptées à ce que nous vivons.

Quelles sont vos demandes à court terme ?
Il nous faut d’abord des réponses significatives. Par rapport au plan d’urgence annoncé en juillet, nous demandons des mesures supplémentaires en ce qui concerne les allégements des charges, les exonérations de cotisations sociales, de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB), et des aménagements de dettes - par exemple avec des rééchelonnements ou pourquoi pas, pour certains, une année blanche. Et surtout, il faut que tout ça aille vite !
Nous avons aussi attiré l’attention du Président de la République sur la sécheresse qui concerne pas loin des deux tiers du territoire national.

Et sur le long terme, que proposez-vous pour restructurer l’agriculture et sortir le secteur de la crise ?
Sur le fond, il nous faut en effet des mesures structurelles. Nous attendons un engagement ferme du gouvernement sur la compétitivité agricole et agroalimentaire. Sur les contraintes, des normes et de la réglementation, j’ai fait une demande de moratoire au président de la République pour que dans l’année qui vient, toute proposition dans ce domaine soit suspendue. C’est un problème de méthode que nous voulons reposer pour nous remettre dans la norme européenne, ni plus ni moins. Nous voulons également réviser la fiscalité pour que soient prises en compte les fluctuations économiques, pour non pas s’affranchir de l’impôt, mais pour permettre une pondération interannuelle. Concrètement, il s’agit de permettre à l’agriculteur qui dégage un revenu une bonne année de mettre de côté en prévision d’une année où le résultat sera plus contraint.

En matière d’investissement, vous estimez à trois milliards d’euros la somme nécessaire pour relancer la compétitivité de l’agriculture française…
Oui, et il s’agit d’un chiffre réaliste et raisonnable. On ne demande pas ces trois milliards au seul gouvernement, mais nous avons besoin aujourd’hui de modernisation et d’investissement, notamment dans les exploitations agricoles, en matière de rénovation et de mise aux normes. Il y a des moyens à mobiliser au niveau de la BPI, des conseils régionaux qui gèrent le deuxième pilier de la PAC, le tout dans une recherche d’efficacité. Il faut réfléchir à de nouvelles formes de financement et de portage de ces investissements. Car aujourd’hui, un éleveur qui investit dans un bâtiment, un cheptel ou autre, ne le fait pas pour cinq ans mais pour vingt, vingt-cinq, trente ans.
Quand on décompose l’investissement tout au long de la chaîne alimentaire, le producteur investit jusqu’à trois ou quatre fois plus que les autres maillons. Et quand on sait que sur 100 € de valeur alimentaire, le paysan n’en récupère que 8 €, on constate un vrai déséquilibre. Nous devons adapter les moyens de financement à ces enjeux.
Parallèlement à tout ça, le chantier qui nous incombe peut-être le plus est celui de la contractualisation. Nous avons besoin de contrats qui ne s’arrêtent pas simplement à la relation entre l’agriculteur et l’industriel ou le transformateur, mais qui aillent jusqu’au distributeur, et intégrer la notion de coût de revient et de fluctuation de ces coûts. Aujourd’hui, pour être compétitif, il nous manque 10 à 15 centimes sur le kilo de cochon, 5 à 6 centimes sur le litre de lait… Il faut aller chercher ce delta de compétitivité. Il dépend de l’investissement, des normes, mais aussi de notre capacité à être mieux organisés.
Je voudrais préciser ici qu’il ne s’agit pas d’opposer tel ou tel modèle agricole à un autre. L’agriculture française repose d’abord sur la diversité de ses territoires, avec des segments de marché très divers, mais chacun dans son propre segment doit avoir une exploitation compétitive, efficace, sur laquelle il peut investir, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il faut aussi donner la possibilité aux agriculteurs de se regrouper pour mettre en commun leurs moyens de production, gérer ensemble un atelier d’engraissement, une maternité… Nous voulons une agriculture productive et compétitive, mais pas productiviste.

Vous prévoyez aussi de manifester début septembre à Bruxelles. Quelles sont vos attentes au niveau européen ?
Une action est prévue le 7 septembre à l’initiative du Copa et de la Cogeca. Plusieurs milliers d’agriculteurs européens vont se rassembler avec l’objectif d’obtenir du Conseil des ministres de l’agriculture et de la Commission quelques mesures phares. Il s’agit notamment de traiter l’embargo russe qui nous cause aujourd’hui beaucoup de préjudice. Il faudrait permettre à l’Europe, puisque la Russie se dit prête à importer de nouveau du porc, de répondre à ces possibilités offertes en acceptant que les pays frontaliers de la Russie soient exclus des zones d’exportation, une décision liée au problème de la peste porcine africaine détectée dans ces pays en février 2014.
Pour la filière laitière, il faudrait créer les conditions de stockage du beurre et de la poudre à des conditions de marché acceptables. Aujourd’hui, on est autour de 220 euros la tonne, ce qui est largement insuffisant, il faudrait au moins 260/270 euros la tonne. Enfin, il faudrait voir si quelques-uns des dispositifs de crise prévus dans la PAC pourraient être activés pour venir en aide de manière spécifique aux secteurs concernés. Par ailleurs, toujours sur le plan communautaire, nous avons une autre demande qui porte sur l’étiquetage d’origine, tout particulièrement pour les produits transformés et les plats préparés, aujourd’hui dans l’impasse, alors que le dispositif fonctionne pour la viande fraîche. Il faut vraiment faire en sorte que l’Europe prenne toute la dimension de la crise que traversent actuellement les différents secteurs pour ne pas en rajouter dans les négociations sur le TTIP par exemple, en limitant les importations des pays tiers vers l’UE.

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