Agri79 Informations 04 février 2016 à 08h00 | Par Guy Du Repaire

Les agriculteurs de la région maintiennent la pression sur le gouvernement

Nouvelle semaine de manifestation en Deux-Sèvres lundi avec le blocage de la N 10 à hauteur des Maisons-Blanches. Quatre-vingts tracteurs et trois cent cinquante agriculteurs de la région demandent en priorité des prix.

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Les agriculteurs dénoncent une baisse des prix en particulier dans les productions animales. Ils attendent des signes tangibles de la part du ministre de l’agriculture, dont les mesures annoncées la semaine dernière ne les ont pas satisfaits. (© Guy Du Repaire) Les manifestants attendent de réelles perspectives, une visibilité à moyen terme, plutôt que des « mesurettes » et du « saupoudrage ». © Guy Du Repaire La circulation a été bloquée pendant plusieurs heures, lundi, sur la N 10 au carrefour des Maisons Blanches. © Guy Du Repaire Des manifestants venus de toute la région Poitou-Charentes se sont réunis, alors que les actions se poursuivent encore cette semaine dans toute la France. © Guy Du Repaire Quatre-vingts tracteurs ont bloqué les routes en espérant se faire entendre du ministre de l'agriculture © Guy Du Repaire

Un silence inhabituel régnait lundi matin aux Maisons-Blanches. Aucun véhicule ne circulait sur la nationale 10, à l’intersection avec la D 948, à quelques kilomètres de Saussais Vaussé. C’est là que trois cent cinquante agriculteurs des quatre départements de la région se sont donné rendez-vous pour bloquer la circulation.
Cette opération, menée avec les JA et les Fnsea du Poitou-Charentes, fait suite à celles de la semaine dernière, malgré les annonces du ministre de l’agriculture. « Un effet rustines », disent les syndicalistes, qui demandent avant tout une revalorisation des prix de leurs produits. « Il en va de la survie de notre agriculture ».
« On ne lâche rien », martèle Olivier Renaud, secrétaire général de la Fnsea 79. « Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités, qu’il fasse respecter la loi et qu’il mette les acteurs de la filière autour de la table, que transformateurs et distributeurs mettent la main à la poche pour maintenir l’élevage. On attend du ministre un signe fort, de réelles perspectives », tranche-t-il.
Pour les éleveurs laitiers, les arguments ne manquent pas. Impossible de savoir quel sera le prix du lait cette année. En tout cas, à 270 euros comme en ce moment, « ce n’est pas tenable. Il nous faut 350 € en moyenne sur l’année pour vivre de notre métier », estime Jérôme Normand, éleveur de 50 vaches laitières à Pliboux. « 270 € aujourd’hui, c’est moins qu’il y a trente ans, sans compter que les coûts de production ont bien augmenté depuis ! Si je suis venu aujourd’hui, c’est parce qu’on est à bout », poursuit le jeune agriculteur. Son calme n’est qu’apparent car il n’est pas à la fin de ses difficultés. « Il nous faut doubler les capacités de la fosse à lisier et de la fumière, alors que la précédente mise aux normes date de 2011. De nouvelles règles sont arrivées dernièrement et on ne sait pas comment financer ces travaux ».

Les industriels pointés du doigt
Denis Duverger n’est pas plus optimiste. « Entre l’été dernier et maintenant, le prix de la viande a baissé dans toutes les catégories », fait remarquer l’éleveur de limousines à Persac, dans la Vienne. « La faute aux industriels qui spéculent sur nos produits », dit-il, pointant du doigt l’entreprise Bigard. « Il n’y a plus de concurrence, il fait ce qu’il veut », lui souffle Alex Ressegand, céréalier à Joussé, dans la Vienne. Lui aussi manifeste pour la première fois, tout en dénonçant la baisse de 30 euros du prix de vente du blé et du maïs. « On est inquiets », résume de son côté Julien Dupuis, éleveur de 100 parthenaises à Saivres. « On est sous pression. Les retards d’enlèvement des animaux atteignent quatre à cinq semaines, au lieu de quatre à cinq jours il n’y a pas si longtemps ». Le jeune agriculteur a fait ses comptes : « c’est la pire année depuis que je suis installé, il y a cinq ans. On croule sous les charges. Résultat, on ne peut pas se sortir de salaire correct. C’est 800 euros par mois pour chacun, mon père et moi, alors qu’on est en label rouge, un créneau porteur. Sans prix, c’est la mort de l’élevage », met-il en garde, avant d’ajouter : « c’est pour ça qu’il faut continuer à se battre ».
Président des Jeunes agriculteurs de la région, Guillaume Mandin demande une réunion du CAF régional, « avec tous les politiques », pour mettre en place « un plan de sauvegarde pour les jeunes en particuliers ». Lui aussi dénonce, « les mesurettes », annoncées par le gouvernement. « Que Stéphane Le Foll vienne sur nos exploitations voir nos factures qui s’entassent plutôt qu’aller caresser le poil des vaches », s’exaspère Grégory Nivelle, secrétaire général de la Fnsea 79. Thierry Bernier, président de la section bovine régionale est encore plus catégorique : « on demande des prix et la démission du ministre ! »

Des demandes à l’échelle de l’Union Européenne

Les manifestants s’en sont pris au ministre de l’agriculture, à qui ils demandent de supprimer les distorsions de concurrences, sociales, fiscales, réglementaires avec « leurs concurrents européens ». « On n’entend plus notre ministre », souligne Alain Chabauty. « À Bruxelles, le 15 février prochain, Stéphane Le Foll doit faire prendre conscience à ses partenaires de la réelle situation dans laquelle se trouvent les agriculteurs ».Le président de la Fnsea 79 demande, « une révision des marges entre les acteurs de la filière » qui permettrait de récupérer « les centimes qui sont actuellement captés par les distributeurs et les transformateurs ».
Il dénonce également les variations de prix d’un pays à l’autre de l’union européenne, les conséquences de l’abandon de la régulation des marchés et notamment des quotas laitiers. Les manifestants veulent enfin que soit rendu obligatoire l’étiquetage de l’origine des produits, qu’ils soient transformés ou non.

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